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Fantasy : le merveilleux médiéval
aujourd'hui :
Triomphes cinématographiques et romanesques
auprès du grand public ont imposé
la fantasy comme un phénomène
culturel et commercial incontournable. La
recherche universitaire y appliquant une
démarche réflexive qui fait
partie des étapes nécessaires
à la légitimation du genre,
c’est de cette petite révolution
– la fantasy à l’Université
! –, que témoigne en pionnier
le colloque des 16 et 17 mars 2006 dont
on trouvera ici les actes réunis,
la première rencontre d’universitaires
de tous horizons à se tenir sur le
sujet en France, regroupant des spécialistes
des littératures de l’imaginaire
contemporaines et une majorité de
médiévistes.
La fantasy est interrogée comme un
avatar contemporain du merveilleux médiéval,
mais cet héritage est-il bien le
même chez Tolkien, grand médiéviste,
David Eddings, aux inspirations plus indirectes,
ou encore dans le courant de “fantasy
arthurienne” qui se donne explicitement
comme prolongeant une lignée de réécritures
de la mythique “Matière”
? Les motifs et figures repris ne le sont
pas sans évolutions, qu’il
s’agisse de revisiter la mythologie
nordique ou de réévaluer le
sens de la monstruosité, de retrouver,
sous de nouvelles incarnations et dans de
nouvelles fonctions, jeunes sorciers, cartes
“géographiques” ou titres
de “chroniques”.
La catégorie même du “merveilleux”
n’a cessé de se modifier dans
son champ d’application, et c’est
toute la question de la sensibilité
au sacré et au religieux qui se pose.
Ce “merveilleux” n’en
constitue pas moins un critère générique,
définitoire pour la fantasy aujourd’hui
: quand il s’agit de déterminer
l’espace qu’elle occupe au sein
des littératures de l’imaginaire,
et bien sûr en concurrence avec sa
cousine la science-fiction, ce sont deux
conceptions du merveilleux qui se dégagent,
et des rapports du même type interviennent
pour évaluer les mouvements internes
qui agitent les différents sous-genres
de fantasy et en permettent l’évolution
sans essoufflement.
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Après un
équivalent traitant essentiellement de
la Science-Fiction, la Fantasy décroche
aujourd'hui le gros lot avec plus de deux cents
pages intégralement dédiées
à la notion de "merveilleux médiéval"
de nos jours.
Il s'agit là d'une publication au traitement
universitaire, et il vaut mieux en tenir compte
avant de s'y lancer. Le vocabulaire est volontairement
précis, pointu, ne souffrant guère
de rappels. Au lecteur de s'y préparer
! Il faut dire qu'on n'achètera probablement
pas cet ouvrage sur un coup de tête !
Sur le plan du contenu, le menu est donc abondant
et varié. Après une mise en jambes
globalement consacrée à Tolkien
et voyant notamment l'intervention de Vincent
Ferré, puis la mise en avant de parallèles
entre le destin de Roland et de Boromir - pour
ne citer qu'un exemple, c'est aussi bien la place
de la Fantasy dans la SF, ou l'héritage
nordique de la Fantasy qui seront abordés,
ou pourquoi pas, un article entier consacré
à Eddings, justement très proche
du merveilleux médiéval dans ses
écrits, parfois inconsciemment de toute
évidence.
Peu de bémols sont à noter au bout
du compte : les analyses de certaines oeuvres
(ou pans de celles-ci) par le biais de la psychanalyse,
ou encore une intervention sur les avatars français
d'Harry Potter bien peu "mordante",
se contentant de dresser la liste des points communs
et différences sans jamais faire remarquer
le manque cruel d'imagination ou l'aspect purement
commercial de certains de ces cycles, décoivent
tout de même.
Dans l'absolu, nous aurions évidemment
préféré 300, 400, voire 500
pages et plus, ce qui constitue quelque part là
encore un regret. Mais ne perdons pas de vue la
densité du texte, d'un article à
l'autre, bourrée de références,
et le risque que représente une telle publication.
Certes, la Fantasy "cartonne" : mais
un ouvrage de fond, analytique, a-t-il les mêmes
perspectives de ventes qu'un best-seller ? Sûrement
pas, et pourtant, le voici. Profitons-en, quand
généralement le genre que nous affectionnons
ici a été si longtemps mal considéré,
et l'est encore souvent.
Un ouvrage à découvrir, et qui mérite
de faire un effort.

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