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Tolkien : Les monstres et les critiques et
autres essais :
Fées, dragons et chevaliers ; runes, poèmes, langues inventées ; c'est
l'essence même du Seigneur des Anneaux et
du Silmarillion qu'il nous est donné
de (re)découvrir dans ces sept essais et conférences, qui évoquent le conte de
fées et la fantasy, les langues ou la littérature médiévale.
Dans ces textes, rédigés entre 1931 et 1959, se déploie le caractère profondément
humaniste (et souvent méconnu) de J.R.R. Tolkien, tour à tour lecteur, traducteur,
linguiste, enseignant, et surtout créateur.
Ce volume inclut une nouvelle traduction de l'essai Du conte de fées.
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Les monstres et les critiques et autres essais regroupe 7 conférences prononcées
de 1931 à 1959 (sauf Traduire Beowulf) ne s’adressant pas à un lectorat
spécialisé (mais néanmoins connaisseur).
- Beowulf : les monstres et les critiques (conférence à la
British academy du 25 novembre 1936) cible un point particulier de Beowulf :
il place au centre des détails et laisse en marge des points importants, et pour Tolkien,
tout tient à savoir s’il s’agit de différencier un récit à valeur historique ou poétique.
La faiblesse narrative du poème renforce sa crédibilité historique, c’est dans l’absence
de détails que se trouve le point de vue en temps réel de l’auteur : s’il y avait
omniscience du narrateur, la crédibilité y perdrait.
Quand aux monstres, « un seul dragon, aussi brûlant que soit son feu, ne fait pas le
printemps », les monstres (Grendel et sa mère, Fafnir) font le charme de Beowulf
jalonnent la vie du héros, héros qui ne vit que par ses exploits sur les monstres.
« Quelles que puissent être ses origines, réelles ou fictives, le dragon de légende est
une création puissante de l’imagination des hommes », « les monstres restant les
ennemis du genre humain, ils sont inévitablement devenus les ennemis du Dieu unique… les
esprits du mal se sont incarné dans les monstres….le salaire de l’héroïsme, c’est la mort
».
- Traduire Beowulf est une contribution préliminaire à une traduction
en prose de Beowulf (1931) portant sur la traduction, le vocabulaire et de la
métrique de poème vieil anglais.
« la correction ou le perfectionnement d’une traduction utilisée en comparaison étroite
avec un texte convenablement étudié est un bon argument en faveur de l’usage scrupuleux
du crayon »
La partie consacrée à la métrique, aux hémistiches, aux accentuations, à l’allitération
et à la synonymie peut paraître très technique de prime abord, mais éclaire brillamment
sur la complexité de la poésie ancienne.
- Sire Gauvain et le chevalier vert (14/04/1953). Ici, Tolkien étudie
cet ancien texte sous un angle particulier, le « conte de fées » élargit le
paysage et les personnages « historiques » : tout se joue autour du choix de
Gauvain entre la vertu et la courtoisie, les règles de conduites morales et le « code
de l’honneur ».
- L’essai Du conte de fées (nouvelle traduction) du 8/03/1939
explore les terres de Faërie, « un conte de fées est un conte qui aborde la Faërie
ou y recourt, quel que puisse être l’objet principal », Faërie étant le royaume
dans lequel les fées ont leur être. « Il est essentiel au conte de fées d’être présenté
comme vrai », Faërie est la Magie, la sub-création, l’imagination [fantasy],
les contes de fées parlent des aventures des hommes dans le Périlleux Royaume ou à
sa lisière, à la croisée des chemins, là où la magie doit toujours être prise au sérieux.
Il ne faut pas confondre le conte de fées avec le récit de voyage, le récit onirique
et la fable animalière : dans le conte de fées, le Monde secondaire (Faërie) est
« vrai » et présenté comme tel, l’incrédulité détruit la magie « la croyance
littéraire est la suspension volontaire de l’incrédulité », mais l’Enchantement
créé par la Croyance secondaire est beaucoup plus fort, involontaire et immédiat. « Le d
ragon portait bien en évidence la marque du pays de Faërie ; dans quelque monde qu’il
existât, c’était un Autre Monde » ; la fantasy, en créant d’Autres Mondes, est
l’imagination créatrice de réalité par l’Art du conteur, celui qui donne « la
consistance profonde de la réalité ».
L’Enchantement crée un Monde Secondaire dans lequel lecteur et narrateur peuvent tous deux
entrer ; alors que la Magie (opérations du magicien) produit (ou essaye) un
changement dans le Monde Primaire, c’est une technique pour dominer les objets et les
volontés. (distinction reprise plus tard par Galadriel devant Frodo et Sam).
Le conte de fées a pour fonction le « désir d’évasion » (avec le fardeau de
l’immortalité) et surtout, celui de l’eucatastrophe, la Fin Heureuse, le
retournement joyeux et soudain.
« Tous les contes peuvent devenir réalité ».
- L’essai l’anglais et le gallois (conférence du 21/10/1955) contient
des aspects techniques linguistiques nombreux , nous retiendrons que « la langue est le
premier facteur de différenciation des peuples », et que les diverses modifications des
langues celtes font du gallois (et de ses variations) le modèle des noms de lieux et de
personnages du Seigneur des Anneaux (note 33 page 244).
- Un vice secret (« les langues artificielles ou faites maison
») probablement 1931 : présentation brillante de la genèse et des mécanismes de création d’un
langue nouvelle : « une langue a pour intérêt la relation entre le son et le sens
», elle sert à la fois d’outil de communication et de source de plaisir du son articulé ;
d’autre part, fabriquer une langue et une mythologie vont de pair, la langue engendre une
mythologie (et quelques poèmes inédits comme illustration).
- Discours d’adieu à l’université d’Oxford (5/6/1959) : le professeur
Tolkien règle ses comptes avec les luttes intestines qu’il a rencontré dans sa carrière,
entre langue et littérature : « j’ai dans le sang la haine de
l’apartheid et je déteste par-dessus tout la ségrégation entre langue et
littérature » .
Ces 7 essais complètent le portrait
humain de Tolkien, en dévoilant l’activité de
l’érudit, ce qui n’empêche pas, dans ces pages,
de chercher l’auteur du légendaire d’Arda (les
citations ont été choisies à dessein).

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