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Le livre de recettes de l'anarchiste

Pas de couverture

Résumé

Bienvenue, chers crawlers, au niveau 4 : le Noeud de fer.
Que devient le duo de choc le plus suivi de l'univers ?
Les efforts de Carl et Donut ont payé : non seulement ils ont survécu aux trois premiers niveaux, mais leur équipe est l'une des plus célèbres et des plus appréciées du jeu ! Cette popularité qui les a propulsés dans le prestigieux top 10 n'est pas sans revers, une prime en pièces d'or est désormais promise à quiconque les éliminera.
Pour venir à bout du niveau 4, véritable labyrinthe ferroviaire, les crawlers vont devoir unir leurs forces, mais à qui se fier quand votre tête est mise à prix ? Cerise sur le gâteau : le soutien des mécènes présage de nouveaux conflits tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du donjon. Carl fait alors l'acquisition d'un objet en apparence insignifiant qui pourrait pourtant faire basculer le cours de la saison... et même de l'univers.
Ils l'appellent Dungeon Crawler World. Mais pour Carl et Donut, c'est tout sauf un jeu.

Caractéristiques

Auteur(s): Matt Dinniman
Traducteur(s): Chloé Atangana
Série: Dungeon Crawler Carl
Tome: 3
Type: Roman
ISBN: 9782487700178
Titre original: The Dungeon Anarchist's Cookbook

Chronique

Il y a des séries qui s’essoufflent déjà au troisième tome. Ce n’est pas le cas de Dungeon Crawler Carl, disons-le tout de suite. Au contraire, ce troisième opus des aventures de Carl et Donut décide au contraire d’appuyer encore plus fort sur l’accélérateur du fun et de l’absurde, pour notre plus grand plaisir de lecteur.
Matt Dinniman continue ici sa descente totalement déjantée dans les souterrains du méwgadonjon qui constitue son univers. L’humour est toujours là : grinçant, absurde, bourrés de référence à la pop-culture, et l’univers continue de s’étendre, de prendre corps. Au risque cependant de perdre le lecteur. 
Ce tome creuse davantage les rouages du Donjon. On comprend mieux les mécaniques politiques et économiques derrière le spectacle. Au point que les coulisses deviennent presque plus fascinantes que les épreuves elles-mêmes. L’idée que ce massacre planétaire est avant tout un produit culturel consommé par une galaxie blasée gagne en profondeur, si ce n’est en crédibilité. La critique du monde du spectacle actuel reste pertinente et mordante, mais elle prend le pas ici sur les péripéties des pauvres malheureux enfermés dans le donjon.
A force d’ajouter des couches, des nouvelles factions, des nouvelles règles, des nouvelles compétences, et de nouveaux enjeux, le récit devient parfois difficile à suivre. On sent que l’auteur s’amuse avec son propre système, que la communauté des fans a eu son mot à dire sur certains arcs narratifs, mais le lecteur peut avoir du mal à se remémorer une fiche de personnage imaginaire pour ne pas perdre le fil. 
Le niveau quatre, au cœur du roman, semble plus confus que véritablement stratégique. On comprend l’intention, mais la lisibilité en pâtit. A tel point que même la carte fournie par l’auteur n’aide pas. Les crawler sont perdus et désorientés la plupart du temps, et nous aussi.
Là où les tomes précédents jouaient avec la mécanique du jeu tout en gardant une certaine clarté, celui-ci multiplie les informations, les détours et les ramifications. Le rythme reste intense, mais la structure devient plus brouillonne.
Cependant, la grande force de la série reste son ton. Le mélange entre télé-réalité sadique intergalactique et jeu de rôle sous stéroïdes fonctionne encore à plein régime. Carl reste ce héros malgré lui, pragmatique, en colère, souvent dépassé, mais jamais résigné. Et Princesse Donut, continue de voler la vedette avec son mélange de diva narcissique et de survivante lucide. On appréciera aussi le rôle pris par Katia, qui apporte un équilibre bienvenu au duo. 
Le comique de l’ensemble ne repose pas seulement sur les punchlines. Il vient aussi du contraste permanent entre la violence systémique du “jeu” et la manière dont les personnages essaient d’y trouver du sens. C’est cruel, c’est grotesque, mais souvent très intelligent derrière le chaos apparent. La marchandisation du vivant, la mise en spectacle de la souffrance et de la mort, les questions d’identité et d’humanité, toutes ces thématiques sont au cœur de l’intrigue, fils rouges en permanence en arrière-plan. Ils ne sont jamais balancés à la tête du lecteur, mais constituent la toile qui maintient l’ensemble du propos de l’auteur. A tel point que l’objectif de Carl n’est plus de survivre, voir de gagner, mais de faire s’écrouler le système (ce qui est raccord avec sa classe d’anarchiste contractuel et le titre de ce tome).
Ce qui fait que la lecture de Dungeon Crawler Carl reste un plaisir, certes coupable mais aussi intelligent.
Finalement, ce troisième tome confirme que la série ne se repose pas sur son concept. Elle pousse plus loin l’absurde, plus loin la violence, plus loin la satire. L’humour est toujours redoutablement efficace et l’univers gagne en densité. Mais cette ambition a un coût : un sentiment de désordre narratif et un niveau parfois difficile à suivre, où l’excès d’informations nuit à la fluidité. 
Malgré tout, on en redemande ! 

gilthanas