Imaginales 2008 : les interviews !
Par Linaka, le 05/07/2008 à 14:00
Notre entretien avec Michel Robert
A son tour, Michel Robert, auteur entre autres du cycle de fantasy L'Agent Des Ombres, s'est plié à quelques questions pendant le festival des Imaginales. Nous vous laissons découvrir ses réponses...
- Quand avez-vous commencé à écrire ? Qui ou qu'est-ce qui vous y a poussé ?
- J'ai commencé à écrire il y a une dizaine d'années. Qu'est-ce qui m'y a poussé ? En fait, à force de lire de la fantasy ou de la littérature d'aventure, et de me dire régulièrement : « là, je verrais plutôt les choses comme ci, là le personnage je le verrais plutôt agir comme ça », je me suis dit pourquoi ne pas essayer ?
J'ai alors rédigé un premier manuscrit que j'ai envoyé à tous les éditeurs de fantasy du moment et qui a été refusé. Maintenant que j'ai un peu de bouteille en écriture, je comprends tout à fait le pourquoi de ce refus : tout simplement parce que ce n'était pas bon. J’avoue que sur le moment, j’ai un peu accusé le coup. Puis, je me suis dit que je ne pouvais pas en rester sur cet échec. Je me suis remis au travail et j’ai pondu un deuxième manuscrit qui, au bout d'à peu près un an, a été accepté par Mnémos ; c’était L’Ange du Chaos. Ma carrière a commencé à ce moment-là.
- Qu'est-ce qui vous a amené vers la littérature de l'imaginaire ? Pourquoi vous attire t-elle ?
- Depuis tout petit, je me raconte des histoires, et j’en lis ; mes parents ont toujours mis de la lecture à notre disposition, et donc j'ai toujours dévoré des bouquins. J’ai commencé avec la bibliothèque rose, puis la bibliothèque verte, puis les séries noires, Jules Verne, et Alexandre Dumas.
Pourquoi l'imaginaire... peut-être parce que ça m'attire plus que la réalité : la réalité je la vis, donc je n'ai pas besoin de la lire.
J'aime bien les histoires de magie, les histoires épiques, les récits d'aventure. Donc voilà, le genre merveilleux c'est un vieux compagnon que j'ai avec moi depuis très longtemps.
- Quel livre conseilleriez-vous à quelqu'un de lire en premier afin de l'initier à la fantasy ?
- Pas le Seigneur des Anneaux, même si je pense que c'est une référence incontournable. Je ne sais pas d'ailleurs si le texte de Tolkien serait aujourd’hui publié tel quel, car le début est tout de même un petit peu rébarbatif – je n'ai pas honte de le dire. Et donc pour quelqu'un qui ne connaît pas du tout le genre, un tel pavé pourrait se révéler rebutant...
Tout dépend de l'âge de la personne, aussi, parce que les tonalités de la fantasy peuvent varier. Si c'est quelqu'un de jeune, pourquoi pas la Belgariade de David Eddings, ou Le Secret de Ji, de Pierre Grimbert. Pour quelqu'un de moins jeune : le cycle des Princes d'Ambre de Zelazny, la trilogie de Lyonesse de Jack Vance, les romans de David Gemmell ; des oeuvres qui m’ont marquées. Il y a aussi les romans de Robert Howard, pas forcément Conan parce qu'il a d’autres personnages tout aussi intéressants, ne serait-ce que Solomon Kane.
Tout à l'heure, nous parlions de Greg Keyes... j’adore ce qu'il a créé. Je pense que c'est un des futurs grands de la SF/Fantasy. Il a commis deux cycles très différents mais tout aussi brillants l'un que l'autre.
- Quel est le dernier livre que vous avez lu ?
- Je lis plusieurs livres en même temps... Je viens notamment de terminer Le Voyage de l’Ombrelune, chez J’ai Lu grand format, que j’ai dévoré... Une fantasy originale et passionnante.
- Certains écrivains doivent s'isoler presque complètement du monde pour pouvoir écrire : est-ce votre cas ? Comment travaillez-vous ?
- J'ai la chance de vivre en pleine campagne – grande maison, grand jardin. Donc un cadre approprié à la création... Cela dit j'ai deux enfants, l'un de deux ans et l'autre de quatre ans, donc au niveau du calme c'est pas toujours tout à fait ça !
D’ailleurs, le moment où je travaille le mieux c'est la nuit quand tout le monde dort.
- La fantasy a-t-elle sa place à l'université ? Est-ce qu'elle pourrait et devrait être étudiée ?
- Oui, tout comme le roman policier, tout comme le roman d'aventure ; je ne comprends d'ailleurs toujours pas pourquoi ces littératures continuent d'être décriées. Les auteurs de fantasy n'écrivent pas moins bien que les autres, et la fantasy elle-même est un genre qui passionne jeunes et moins jeunes, j’ai eu d’amples occasions de le constater.
Je pense ainsi que la fantasy a sa place, aussi bien à l’école qu’à l’université.
- A votre avis, d'où provient cette fascination pour le mythe, la fantasy, l'imaginaire ?
- Il me semble que les humains éprouvent depuis toujours le besoin de s'évader, la vie réelle n'est pas toujours marrante, elle n'est pas toujours originale. On a besoin de s’échapper, on a besoin de s’évader dans le merveilleux, dans l'épique, de se ressourcer, d’idéaliser. Certes, il y a des gens plus ou moins réceptifs à ça, des gens qui sont très terre-à-terre, mais il y en a nombre d'autres qui sont très rêveurs. Moi je suis entre les deux, enfin tout de même souvent happé par le rêve.
- Nourrissez-vous plutôt votre imaginaire avec le monde réel qui vous entoure, ou plutôt avec vos lectures passées ?
- J'ai commencé à l'enrichir à partir mes lectures passées, d'ailleurs des lectures qui viennent plus du roman policier ou du roman noir que de la fantasy proprement dite. Ma fantasy, justement, est résolument moderne, reposant souvent sur une trame politico-espionnage (je ne suis pas certain que le terme soit correct).
Ca c'était au début ; maintenant que j'ai créé mon univers que j’ai à peu près cerné, je peux m'inspirer de la réalité. Par exemple, dans un de mes romans –Sang-Pitié – mon héros affronte une bande de terroristes qui menace une ville. Cela m’est venu un jour où j’étais en voiture et j’écoutais les actualités, pendant les attentats de Madrid, hélas, quelque chose d'horrible. J’ai aussitôt éprouvé l’envie que mon héros, le violent Cellendhyll de Cortavar, traite cette menace terroriste à sa manière.
Ça m'arrive aussi fréquemment de mettre des recettes de cuisine dans mes bouquins, parce que j'aime bien la bonne bouffe et le bon vin. D'ailleurs, certains de mes lecteurs ont testé et approuvé lesdites recettes !
- Avez-vous un lieu favori parmi tous ceux que vous avez inventés, un lieu où vous aimeriez vivre ? Y a-t-il un personnage qui soit particulièrement cher à votre cœur ?
- Non, comme je te l'ai dit, j'habite à la campagne. Après avoir été parisien pendant près d'une trentaine d'années et de finir par en être totalement insatisfait, j'ai vraiment trouvé mon Eden dans le Maine et Loire – région du cheval et du vin ! Ainsi, je n'ai plus besoin de m'évader ailleurs que dans mon jardin.
Quant à mes personnages, je les aime tous, même les méchants, et j'aurais grand mal à les différencier les uns des autres – bon j’admets que Cellendhyll de Cortavar est un petit peu au-dessus du lot !
- Un peu comme les enfants, en un sens.
- Voilà ; on ne les aime pas forcément de la même façon mais on les aime avec la même force, avec la même intensité et c'est vrai que c'est une excellente analogie.
- Voici une question touchant presque au mysticisme : croyez-vous vous-mêmes au petit peuple, aux fées, à un monde qui nous serait caché et dont proviendraient toutes nos légendes ?
- J'ai envie d'y croire ; j'ai un côté idéaliste que j'essaye de cacher avec plus ou moins de succès... Je pense qu'il y a de la magie sur terre, que les mythes et toutes ces légendes sont en fait fondées sur une réalité qui a vraiment existé, jadis.
Maintenant, j’estime également que l’Homme, au cours de sa soi-disant évolution, s'est énormément éloigné de sa véritable nature, et de la Nature proprement dite ; nous en avons des exemples tous les jours. Ainsi cette magie, ces êtres féeriques, sont peut-être toujours là – s’ils n’ont pas été dissous par la pollution – mais nous avons en grande majorité perdu la sensibilité qui nous rendrait capable de les voir.
- Que pensez-vous du bon accueil fait à votre premier cycle solo en fantasy, l'Agent des Ombres ?
- Que du bien, évidemment ! J'étais déjà tellement heureux de pouvoir publier un roman que je n'avais pas pensé à plus. Or j'ai eu dès le départ un accueil excellent. Par ailleurs, les cinq tomes du cycle de l’Agent des Ombres se sont très bien vendus – du premier au dernier.
Ce succès a une autre conséquence aussi sympathique que positive : j'anime un forum (angeduchaos.com) où les gens viennent discuter, c’est un endroit de rencontre très riche peuplé de personnalités attachantes.
En somme ma carrière d’écrivain est un rêve éveillé, un vrai bonheur. Pouvoir matérialiser ce rêve que je dois avoir depuis l'enfance, c'est mieux que génial.
- Comment s'est déroulée la collaboration avec Pierre Grimbert pour les tomes 2 et 3 de la Malerune, et que retenez-vous de ce travail ?
- Je dirais que ce n’était pas une collaboration, plutôt une rencontre. J’ai le plus grand respect pour Pierre et nous avons tout de suite sympathisé. Il m'a donné ce qu'il avait comme notes sur son univers, mais en fait il y avait très peu de choses et notamment pas les réponses aux questions qu'il avait initiées dans le premier tome ; il avait délaissé ce projet pour se lancer dans le roman jeunesse.
Je me suis donc activement creusé la cervelle pour trouver ces réponses – j’ai juste repris une idée à lui qui concerne la fin du cycle. En revanche, je lui envoyais régulièrement ce que j'écrivais afin d’être certain de ne pas faire de choses qui ne lui plaisaient pas, de rester en total respect de son univers (il ne m'a jamais fait réécrire quoi que ce soit). Donc, en cela, nous avons tout de même collaboré et il m'a toujours encouragé.
J’ajouterai que Pierre Grimbert est quelqu'un que je ne vois pas beaucoup mais que j'apprécie énormément.
- Que va donner votre prochain roman sur les quatre Mousquetaires façon combat/comique/fantasy ?
- Pour moi c'est d'abord une interrogation. Autant maintenant que je maîtrise ce que j'écris par rapport à L'Ange du Chaos – qualifiée de dark fantasy, basée sur l’action et une évolution mature des personnages – , autant le genre comique et ses effets reste beaucoup plus délicat à juger dans la mesure où ce qui peut faire rire Paul ne va pas faire rire Pierre.
Les grands succès de comédie en France comme Les Visiteurs ou comme le Dîner de Cons, par exemple, moi ça ne me fait pas particulièrement rire.
Moi ce qui me fait rire ce sont les Monthy Pythons, les films d’Audiard (ne serait-ce que les Tontons Flingueurs ou les Barbouzes).
Ainsi ce que j'ai écrit a fait rire les gens à qui je l'ai fait lire (et heureusement mon éditrice !), mais c'est pas sûr que ça plaise à d’autres.
Cela dit, mes Quatre Mousquetaires est un vrai roman d'aventure, avec une véritable intrigue, avec des combats, de l’épique – simplement le cadre sera un cadre d'humour, et non pas un cadre sombre comme avec les aventures de Cellendhyll de Cortavar, mon Ange du Chaos. De plus on y retrouvera une composante qui compte beaucoup pour moi : l’amitié. L'amitié parce que je suis quelqu'un d'assez sensible à cette notion indispensable et les Mousquetaires c'est aussi l'amitié.
J’espère donc que mes lecteurs s’y retrouveront et passeront un agréable moment de lecture – l’espoir fait vivre !
- Une suite très attendue des aventures de Cellendhyll est-elle prévue, voir en cours ? Ce sera chez Mnémos à nouveau ?
- Les Quatre Mousquetaires étant achevés, je travaille à une sorte de one-shot centré sur l’un des personnages secondaires de mon cycle de dark fantasy ; à savoir Gheritarish, le meilleur ami de Cellendhyll de Cortavar.
Ce sera un roman basé sur l’aventure, dans lequel j’ai décidé de détourner le roman western, parce que j'aime beaucoup ce genre ; grands horizons, espaces sauvages, chevauchées, combats… rien à voir avec de la fantasy urbaine… En quelque sorte un mélange d’Elmore Leonard (ma référence en matière de roman western) et des Aventuriers de l’Arche Perdue !
Une fois ce roman publié, je m’attellerai à la suite des aventures de Cellendhyll, évidemment publiée par Célia Chazel de Mnémos.
- D'après vos descriptions de combat avec armes ou à mains nues, vous avez l'air d'en connaître un rayon ! Vous étiez journaliste sportif, mais pratiquez-vous aussi des sports de combat ?
- Déjà, je n'ai jamais été journaliste sportif ! Je ne sais pas d’où vient cette information. J’ai fait un peu de journalisme, c’est vrai, c'était dans le jeu vidéo. Toutefois, j'ai été sportif de haut niveau pendant vingt ans mais ce n'était pas dans les arts martiaux, j’étais handballeur.
- Au niveau national, en équipe de France ?
- Oui – enfin, au niveau national, mais pas en équipe de France. J’ai joué au niveau professionnel et semi-professionnel.
Pour en revenir à votre question initiale, j’ai pratiqué le judo. Les arts martiaux me fascinent depuis toujours, j'ai dévoré nombre de bouquins dessus, j'ai des copains qui font des arts martiaux avec qui je me suis un peu entraîné. J'adore également le cinéma d'arts martiaux, l’esprit et le mode de vie des samouraïs – les Sept Samouraïs, justement, les films de Bruce Lee, le roman La Pierre et le Sabre par exemple.
Il m’était évident, quand j’ai créé mon héros de fantasy, d’en faire un pratiquant assidu – c’est ainsi qu’il maîtrise entre autres l’art du zen et celui du Hyoshi’Nin.
Nourri de ces inspirations, j'apporte – du moins j’essaie – un soin particulier aux combats que je décris. Je déroule vraiment le combat du début à la fin, chaque mouvement, chaque élan ; tout est crédible (et même vérifié par votre serviteur dans son jardin !). Ca, ça me vient du sport de haut niveau, où vraiment j'ai passé des heures et des heures à m'entraîner pour avoir un bon geste, pour avoir une bonne posture. C'est une mentalité, moi c'est comme ça que je vois les choses, c'est comme ça que j'avais envie de l'écrire et ça me semblait normal que mon héros, à partir du moment où c'était un guerrier, fasse les choses à fond.
- Quelle rapide description du métier de jeune écrivain en fantasy pourriez-vous nous donner ? Ce n'est pas trop surchargé ?
- Déjà je ne peux parler que pour moi… Pour ma part, l’écriture n'est pas toujours facile à concilier avec la « vie réelle » – j'ai deux enfants, une maison à retaper, un grand jardin à entretenir, des chevaux et le quotidien à gérer. Je dois souvent prendre sur mon temps de sommeil pour finir mes romans (de toute manière je n’aime pas dormir !). Cela dit, ma vie est géniale et je sais que j’ai beaucoup de chance… le plus gros regret que je pourrai avoir, c'est le manque de temps. En effet écrire en prend beaucoup de ce temps précieux - ça me prend de quatre à six mois pour écrire un bouquin, à temps plein, à partir du moment où je tiens mon histoire. Or, j'ai un trop-plein d'idées à exploiter ! Entre toutes ces idées le temps qui me reste à vivre, je ne sais pas si je pourrai mener à bien tous mes projets… sniff…
- Où en sont les sorties poche de vos romans ?
- Eh bien justement, l'Ange du Chaos sort chez Pocket, j'avoue que j’en suis totalement ravi. J'adore Pocket, une bonne moitié de ma collection de roman est issue de cette maison d’édition et pour moi être publié chez eux c'est une reconnaissance, une récompense, c'est un autre rêve qui se réalise et je suis franchement heureux.
Et parallèlement à cela, le cycle de la Malerune va sortir chez France Loisirs, mais je n’ai pas la date exacte. Là aussi, je ne peux que m’en réjouir. Il n’est pas donné à tous les auteurs français d’être publié dans ce réseau particulier.
Je terminerai ainsi : merci de cette interview !
En parler en forum
- Notre entretien avec Sean Russell
- Notre entretien avec Sean Russell (en anglais)
- Notre entretien avec Michel Robert
- Notre entretien avec Tad Williams
- Notre entretien avec Tad Williams (en anglais)
- Notre entretien avec Robin Hobb
- Notre entretien avec Robin Hobb (en anglais)