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L'année fantasy 2026 des maisons d'édition - Florence, Patrick, Simon et Xavier pour le collectif édito d'Argyll

Pour bien débuter la semaine, nous poursuivons notre tour d'horizon des maisons d'édition Imaginaire, avec un autre éditeur qui a un anniversaire à fêter cette année : Argyll !
Et voici le résultat de notre petit entretien annuel à découvrir ci-dessous.


Alors que 2025 s'est achevée, quel serait votre premier bilan, à chaud, concernant votre maison ou même la situation globale en Imaginaire ?
Bonjour à toustes,
Le marché est en tension, il n’y a aucun doute là-dessus. Et, plus précisément, celui du grand format. Nous ne publions pas beaucoup chaque année, mais cela ne garantit nullement de bonnes ventes, et ce n’est pas faute de croire à tous les titres que nous publions. Simplement, entre les crises sociales, politiques, financières, etc, et le recul du lectorat, on constate que soit les bourses sont vides, soit les lecteurices épargnent en vue des jours sombres. Quoi qu’il en soit, il y a une nette baisse du pouvoir d’achat, globalement, alliée à une nette baisse du désir d’achat, formalisés par des ventes moyennes de plus en plus basses.
Comme souvent, un titre ou deux portent le reste du programme annuel mais dans ce cas, mieux vaut que les ventes de ces best sellers soient élevées pour que l’on puisse travailler sereinement. Dans notre cas, 2025 a commencé par un très beau succès, Aatea, d’Anouck Faure, dont l’œuvre, la personnalité, et la diversité des talents, sont loués par à peu près tout le monde dans le microcosme. Elle déploie une voix à part, qui la singularise, et que nous avions bien perçue en acceptant le manuscrit de son premier roman, La cité diaphane. Aatea a été finaliste (voire lauréat) de nombreux prix, notamment des Utopiales, ou le Christine-Rabin de la 25e heure du Mans, qu’elle a obtenu. En ce mois de décembre, nous constatons encore de très forts réassorts sur le livre. Du côté de la collection RéciFs, on a plutôt de bons résultats, notamment Re:Start de Katia Lanero Zamora, lauréate du Prix Julia Verlanger.
Ensuite, il y a des déceptions. C’est le cas de La Lance de Peretur, pour lequel nous n’avons que d’excellents retours critiques, mais qui ne décolle pas en librairie. Nous avions également parié sur Chlorine de Jade Song, qui s’est plutôt bien comporté, mais pas au niveau de son immense potentiel. Sa présence aux Utopiales l’a néanmoins fait connaître un peu plus auprès des lecteurices.
On ne saurait dire si les tendances que l’on observe pour nous sont valables pour nos camarades, mais il est clair par exemple que le prix des livres est un facteur déterminant du choix en librairie, et de plus en plus, ce qui explique peut-être un peu le succès montant des formats plus courts, moins onéreux, tels que ceux portés par RéciFs.


Sur l’année écoulée, y a-t-il un événement, une évolution structurelle ou une décision éditoriale qui vous a particulièrement marqué ?
Il y en a beaucoup. La mise au repos du Pass Culture, le reflux des aides aux festivals et, de façon plus générale, la baisse structurelle d’aides à l’édition et à la culture. Nous retenons tout de même les quelques avancées des auteurices dans leur lutte pour leurs droits sociaux, un travail de très longue haleine porté principalement par les syndicats.  Globalement, on ne peut que s’arrêter sur l’instabilité politique qui règne en France.
Par extension, notons la précarité accentuée des librairies indépendantes, stigmatisées pour certaines (On pense à l’excellente librairie parisienne Violette & Co), pour leurs choix politiques et sanctionnées par une forte répression dans l’attribution des subventions. Vous l’avez compris, il n’y a jamais eu autant de possibilités de réponses à cette question que vous posez pourtant chaque année, et tout cela s’accélère depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. On ne tirera pas de conclusions hâtives, mais l’avenir nous semble assez trouble, vous en conviendrez peut-être !


Quelle place pour la fantasy dans votre programme 2026 ?
La réponse à cette question va être plus sympa !
La fantasy en 2026 chez Argyll est au cœur de notre programme. On ne peut plus au cœur, même. D’abord, 2026 est une année anniversaire pour nous puisqu’en 2026, nous aurons cinq ans (Comme Jefty, pour celles et ceux qui auront la ref’).
On commence dès janvier avec un primo-romancier, Alexandre Desoutter, qui nous a conquis avec Thorvald au fil d’or, une saga islandaise de toute beauté, épique, apportant un souffle moderne et pacifiste à cette grande tradition littéraire : Une décennie après la disparition de son père, le jeune Thorvald se destine à reprendre la ferme familiale. Son destin change du tout au tout lorsqu’il repêche la belle Aeryn dans les eaux du fjord. Comme il s’est épris de celle dont la main était promise au Jarl Olaf de Bergen, Thorvald se retrouve traqué et entreprend un voyage qui le mènera jusqu’aux rivages du mythique Vinland, en passant par l’Islande et le Groenland. Que dire de plus, hormis que nous sommes très fiers de révéler cette nouvelle plume remplie de promesses et d’avenir !
Au mois de mars, mois de notre anniversaire – attention, on vous prépare des surprises ! –, nous accueillons un roman ma-gi-que au catalogue, L’envol des sables, d’Aurélie Luong. Si ce nom ne vous est pas inconnu, c’est normal. Aurélie a déjà publié un roman remarquable et remarqué aux éditions Scrineo, Quand vient la horde, repris en poche par Folio SF. Inspiré de la conquête de l’Espagne par les tribus berbères et arabes, Aurélie Luong signe un chef d'œuvre de fantasy historique, à ranger entre Jean-Philippe Jaworski et Guy Gavriel Kay. Il nous a tant plu, tant enthousiasmé et marqué que nous avons souhaité en faire LE roman de nos 5 ans. Voici en avant-première la quatrième :  Tanger, à l’aube du VIIIe siècle.
Pour rattraper la faute qui leur a valu d’être exclus de leur clan, Ahmed a uni son destin à celui de son frère d’armes, Tariq, prodige de l’armée amazighe. Ensemble, ils ont combattu pour les Omeyyades et remporté de nombreuses batailles.
Arrivés à l’ouest du monde, dédaignés par leurs supérieurs, ils s’enlisent dans les rues de Tanger, lorsqu’un seigneur renégat d’Hispania leur livre l’opportunité qu’ils n’espéraient plus : passer de l’autre côté de la Méditerranée et remporter des victoires en leur propre nom ; de celles qui mettraient les Amazighs à l’abri du joug omeyyade ; de celles qui rattrapent toutes les fautes.
Désobéissant aux ordres du calife, les deux hommes réunissent en secret une armée hétéroclite, guerriers du désert, éleveurs des montagnes ou encore mages capables de manipuler le vent. Loin des dunes qui les ont vu naître, ils se lancent à l’assaut de l’Hispania, pour la gloire ou l’oubli.
Nous passons à avril et aussi à la collection RéciFs, avec la publication de Desdemona, un court roman de de C.S.E Cooney, traduit par la talentueuse Anne-Sylvie Homassel. C.S.E Cooney est une voix importante dans le monde de la fantasy anglo-saxonne, et elle ne devrait pas tarder à l’être en France, à l’instar d’une Margaret Killjoy, que nous avons révélée au lectorat français. Elle est l’élève de Gene Wolfe et perpétue sa tradition d’une fantasy exigeante et d’une plume somptueuse, saupoudrée d’une pointe d’humour pince-sans-rire. Cooney signe avec Desdemona une fantasy sombre, baroque et foisonnante, propice aux métamorphoses et au changement. Dans Desdemona, la fille pourrie-gâtée d'une riche famille doit récupérer une dîme promise par son père au Monde Souterrain. Car si à la surface Cooney nous décrit une terre ultra-polluée par les industries et un système de castes (avec des riches oisifs et des ouvriers minés par les famines et les maladies), sous terre, en revanche, se dissimulent des royaumes mystérieux, des créatures mythiques, et, surtout, un fonctionnement social bien différent de la surface. La novella a été nommée, notamment, au World Fantasy Awards et au Locus ! Suivra quelques mois plus tard un autre titre dans le même univers, La Reine des Brisants, tout aussi éblouissant que Desdemona et peut-être même encore plus dingue.
En juillet, toujours dans la collection RéciFs, c’est le retour de Margaret Killjoy avec la troisième histoire mettant en scène son héroïne Danielle Caine ! Ce nouvel opus s’intitule : Le chœur immortel portera toutes les voix. Après L’agneau égorgera le lion et Les morts posséderont la terre, on se raconte pas si tranquillement que cela des histoires au coin du feu, les braises de luttes passées et de luttes à venir !
Enfin, au mois d’août, un grand nom de l’imaginaire français revient pour un troisième livre chez nous. Il s’agit de Christian Léourier qui, avec son nouveau roman (on n’a pas encore de titre définitif à l’heure qu’il est) revisite la légende de la cité d’Ys à travers le destin de Graelent, fils du roi Konan, et de Malven, fille du roi Harl. Dans ce roman de fantasy semi-historique, ou semi-légendaire si vous préférez, quoi qu’il en soit délicieux et voluptueux (car l’écriture de Christian Léourier glisse sur la langue comme un bon chocolat) l’auteur s’intéresse au désir. Roman après roman, Christian Léourier prouve qu’il est tout simplement un Grand Maître, et dommage qu’en France nous n’ayons pas de hall of fame car, assurément, on l’y trouverait très rapidement !
Pour finir, notons pour les fans de Sofia Samatar, connue pour sa fantasy Un étranger en Olondre, que nous publions un nouveau récit de l’autrice en RéciFs, La Pratique, L’horizon, et la Chaîne, mais qui, comme Hard Mary, est plutôt de la SF !


Enfin, quel sera votre plus grand défi pour cette nouvelle année ?
Fêter dignement nos 5 ans et faire barrage, à notre façon, à la montée de l’extrême droite.


Propos recueillis et mis en forme par Emmanuel Chastellière



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