Nous poursuivons notre promenade éditoriale annuelle avec cette fois le retour de 1115 dans nos colonnes, un retour qui fait plaisir ! Frédéric Dupuy et Thomas Fouchault ont donc pris la peine de se pencher eux aussi sur nos questions, et comme avec chaque maison, nous les en remercions.
Alors que 2025 s'est achevée, quel serait votre premier bilan, à chaud, concernant votre maison ou même la situation globale en Imaginaire ?
À chaud, ce que je remarque surtout, c’est la ténacité du secteur de l’Imaginaire, et de la fiction plus largement, face aux assauts antidémocratiques et répétés des Bolloré et consorts. Comme je constate que, si la littérature SFFF n’est pas encore muselée par ces grands tenanciers de l’édition, elle n’échappe pas pour autant à l’autocensure, et à la peur du lynchage médiatique, d’où une certaine frilosité qui, à mon sens, reste sujette à caution. Faut-il faire le dos rond ou attaquer de front ? Pas simple de répondre à cette question. Chez 1115, en tout cas, on a décidé de tenir notre ligne éditoriale sans rien changer à nos habitudes ou à nos attentes. Du luxe, dans ce contexte nauséabond, de rester une maison « artisanale » qui ne brasse pas les millions et ne dépend d’aucun investisseur. Nous n’avons de compte à rendre à personne, sinon à nos propres auteurs et autrices.
Sur l’année écoulée, y a-t-il un événement, une évolution structurelle ou une décision éditoriale qui vous a particulièrement marqué ?
Honnêtement, non. C’est même plutôt l’inverse : ce qui nous a frappés, en 2025, c’est cette continuité dans le changement. Nous évoluons, nous nous adaptons, nous persistons. Mieux, nous nous consolidons. Tout au long de l’année, nous avons vu la communauté des Voyageurs et des Voyageuses Littéraires se souder autour des valeurs qui ont fait notre marque de fabrique dès la création de la maison. À l’aube de nos 10 ans d’existence, c’est un magnifique cadeau d’avoir acquis ce lectorat fidèle, et de développer toujours davantage notre partenariat avec des libraires à travers tout l’Hexagone. Maintenant, sur un plan plus matériel, le gros chamboulement de l’année, à notre niveau, a été de re-déménager la structure pour la seconde fois en l’espace de 18 mois. Et ce pour des raisons indépendantes de notre volonté. Mais là encore, nous avons fait avec. Et c’est cette résilience, cette capacité à composer avec les changements de paradigme qui me conforte dans l’idée que notre maison est solide ce qu’il faut, désormais, pour rester constante dans l’adversité.
Quelle place pour la fantasy dans votre programme 2026 ?
Toujours centrale, évidemment, au même titre que la science-fiction ou le fantastique. J’en veux pour preuve ce programme qui me met en joie rien que d’y penser :
En mars, Pierre Cuvelier ouvrira l’année avec Un orage sur Saturne, une novella de science-fiction centrée sur une relation aussi improbable que persistante. Le narrateur, jeune astrologisticien fraîchement formé, s’apprête à entreprendre son « grand tour » du système solaire pour y développer les infrastructures nécessaires au voyage interplanétaire. Le voyage d’une vie. Mais au moment d’embarquer depuis le spatioport lunaire, il tombe sur Anthélie Vernet, artiste-peintre excentrique, occupée à… peindre les paysages lunaires. Avec un vrai chevalet, une vraie toile et de vrais pinceaux. Des pratiques obsolètes, tout droit sorties d’un monde depuis longtemps révolu.
Ce qui devait être une rencontre fugace devient un étrange fil rouge, et nos deux personnages se croiseront de nouveau à chaque étape. Coïncidence ou destin ? À travers cette trajectoire orbitale, Un orage sur Saturne interroge la place de l’art, des liens humains et de la sensibilité dans un monde saturé de technologies et d’outils prédictifs. Une histoire d’évitements, mais aussi d’attachements durables, qui donne le ton pour nos Voyages Littéraires de l’année.
En mai, Lucile Poulain vous entraînera dans un futur lointain avec Mange-Mémoire. Dans un monde post-apocalyptique marqué par le Souffle-Fer, l’Oubli est devenu un tabou fondateur : le monde d’Avant a disparu, effacé des livres, des monuments et des mémoires, et les sociétés se déploient désormais sur le dos des géants qui parcourent la terre depuis la catastrophe. Caravelle est une Mange-Mémoire, à la fois ermite, croque-mitaine et bourreau, chargée de dévorer les souvenirs des criminels. Mais sa vie solitaire bascule le jour où elle découvre, dans une grotte, des souvenirs cristallisés du monde ancien. Des reliques qu’il est formellement défendu d’étudier. Seulement, face à l’interdit, la tentation du savoir demeure, et certains érudits sont prêts à en payer le prix.
Du côté de la collection de nouvelles à l’unité ChronoPages, celle-ci s’enrichira de destinations inédites, proposées en avant-première à nos abonnés, puis disponibles à la vente en librairie et sur les différents canaux le mois suivant. Qu’il s’agisse de la nouvelle Anaica, de Catherine Phan van, entre les beautés d’un lagon et les manigances du petit personnel ; ou Les bons sentiments de Pierre Léauté, dans un Ohio MAGA-conservateur où Jimmy Kotcheff va voir sa vie basculer à cause d’une simple application de parrainage ; ou bien encore Douces chimères de Dola Rosselet, à la poursuite d’une généticienne renégate qui, par ses choix, déterminera le salut de l’espèce humaine ; sans oublier Facettes d’Arnaud Cazelles, des couloirs de l’Institution à ce bistrot lugubre, en pleine Kohabitation, où l’on marche aux côtés de Sasha, figure énigmatique aux intentions troubles.
En parlant de la collection ChronoPages : depuis septembre dernier, les nouvelles sont également disponibles en livre audio, dans le cadre d’un abonnement dédié sur la plateforme Patreon. Cette offre permet de découvrir ces récits courts autrement, portés par la voix et le talent de Mafalda Vidal, toujours dans l’esprit d’exigence éditoriale qui fait l’identité de la collection.
Enfin, quel sera votre plus grand défi pour cette nouvelle année ?
Des défis, l’année 2026 n’en manquera pas. Seulement, une chose après l’autre. Pour l’heure, nous rattrapons le retard provoqué par ce nouveau déménagement de la structure, et nous relançons les projets mis en suspens il y a quelques mois de cela. En somme, d’autres annonces viendront compléter ce programme au fil de l’année, dont une publication exceptionnelle pour le Mois de l’Imaginaire, histoire de fêter nos dix ans comme il se doit. Mais n’en dévoilons pas trop ; 2026 ne fait que commencer, et les mondes à explorer sont encore nombreux.
Propos recueillis et mis en forme par Emmanuel Chastellière.
Alors que 2025 s'est achevée, quel serait votre premier bilan, à chaud, concernant votre maison ou même la situation globale en Imaginaire ?
À chaud, ce que je remarque surtout, c’est la ténacité du secteur de l’Imaginaire, et de la fiction plus largement, face aux assauts antidémocratiques et répétés des Bolloré et consorts. Comme je constate que, si la littérature SFFF n’est pas encore muselée par ces grands tenanciers de l’édition, elle n’échappe pas pour autant à l’autocensure, et à la peur du lynchage médiatique, d’où une certaine frilosité qui, à mon sens, reste sujette à caution. Faut-il faire le dos rond ou attaquer de front ? Pas simple de répondre à cette question. Chez 1115, en tout cas, on a décidé de tenir notre ligne éditoriale sans rien changer à nos habitudes ou à nos attentes. Du luxe, dans ce contexte nauséabond, de rester une maison « artisanale » qui ne brasse pas les millions et ne dépend d’aucun investisseur. Nous n’avons de compte à rendre à personne, sinon à nos propres auteurs et autrices.
Sur l’année écoulée, y a-t-il un événement, une évolution structurelle ou une décision éditoriale qui vous a particulièrement marqué ?
Honnêtement, non. C’est même plutôt l’inverse : ce qui nous a frappés, en 2025, c’est cette continuité dans le changement. Nous évoluons, nous nous adaptons, nous persistons. Mieux, nous nous consolidons. Tout au long de l’année, nous avons vu la communauté des Voyageurs et des Voyageuses Littéraires se souder autour des valeurs qui ont fait notre marque de fabrique dès la création de la maison. À l’aube de nos 10 ans d’existence, c’est un magnifique cadeau d’avoir acquis ce lectorat fidèle, et de développer toujours davantage notre partenariat avec des libraires à travers tout l’Hexagone. Maintenant, sur un plan plus matériel, le gros chamboulement de l’année, à notre niveau, a été de re-déménager la structure pour la seconde fois en l’espace de 18 mois. Et ce pour des raisons indépendantes de notre volonté. Mais là encore, nous avons fait avec. Et c’est cette résilience, cette capacité à composer avec les changements de paradigme qui me conforte dans l’idée que notre maison est solide ce qu’il faut, désormais, pour rester constante dans l’adversité.
Quelle place pour la fantasy dans votre programme 2026 ?
Toujours centrale, évidemment, au même titre que la science-fiction ou le fantastique. J’en veux pour preuve ce programme qui me met en joie rien que d’y penser :
En mars, Pierre Cuvelier ouvrira l’année avec Un orage sur Saturne, une novella de science-fiction centrée sur une relation aussi improbable que persistante. Le narrateur, jeune astrologisticien fraîchement formé, s’apprête à entreprendre son « grand tour » du système solaire pour y développer les infrastructures nécessaires au voyage interplanétaire. Le voyage d’une vie. Mais au moment d’embarquer depuis le spatioport lunaire, il tombe sur Anthélie Vernet, artiste-peintre excentrique, occupée à… peindre les paysages lunaires. Avec un vrai chevalet, une vraie toile et de vrais pinceaux. Des pratiques obsolètes, tout droit sorties d’un monde depuis longtemps révolu.
Ce qui devait être une rencontre fugace devient un étrange fil rouge, et nos deux personnages se croiseront de nouveau à chaque étape. Coïncidence ou destin ? À travers cette trajectoire orbitale, Un orage sur Saturne interroge la place de l’art, des liens humains et de la sensibilité dans un monde saturé de technologies et d’outils prédictifs. Une histoire d’évitements, mais aussi d’attachements durables, qui donne le ton pour nos Voyages Littéraires de l’année.
En mai, Lucile Poulain vous entraînera dans un futur lointain avec Mange-Mémoire. Dans un monde post-apocalyptique marqué par le Souffle-Fer, l’Oubli est devenu un tabou fondateur : le monde d’Avant a disparu, effacé des livres, des monuments et des mémoires, et les sociétés se déploient désormais sur le dos des géants qui parcourent la terre depuis la catastrophe. Caravelle est une Mange-Mémoire, à la fois ermite, croque-mitaine et bourreau, chargée de dévorer les souvenirs des criminels. Mais sa vie solitaire bascule le jour où elle découvre, dans une grotte, des souvenirs cristallisés du monde ancien. Des reliques qu’il est formellement défendu d’étudier. Seulement, face à l’interdit, la tentation du savoir demeure, et certains érudits sont prêts à en payer le prix.
Du côté de la collection de nouvelles à l’unité ChronoPages, celle-ci s’enrichira de destinations inédites, proposées en avant-première à nos abonnés, puis disponibles à la vente en librairie et sur les différents canaux le mois suivant. Qu’il s’agisse de la nouvelle Anaica, de Catherine Phan van, entre les beautés d’un lagon et les manigances du petit personnel ; ou Les bons sentiments de Pierre Léauté, dans un Ohio MAGA-conservateur où Jimmy Kotcheff va voir sa vie basculer à cause d’une simple application de parrainage ; ou bien encore Douces chimères de Dola Rosselet, à la poursuite d’une généticienne renégate qui, par ses choix, déterminera le salut de l’espèce humaine ; sans oublier Facettes d’Arnaud Cazelles, des couloirs de l’Institution à ce bistrot lugubre, en pleine Kohabitation, où l’on marche aux côtés de Sasha, figure énigmatique aux intentions troubles.
En parlant de la collection ChronoPages : depuis septembre dernier, les nouvelles sont également disponibles en livre audio, dans le cadre d’un abonnement dédié sur la plateforme Patreon. Cette offre permet de découvrir ces récits courts autrement, portés par la voix et le talent de Mafalda Vidal, toujours dans l’esprit d’exigence éditoriale qui fait l’identité de la collection.
Enfin, quel sera votre plus grand défi pour cette nouvelle année ?
Des défis, l’année 2026 n’en manquera pas. Seulement, une chose après l’autre. Pour l’heure, nous rattrapons le retard provoqué par ce nouveau déménagement de la structure, et nous relançons les projets mis en suspens il y a quelques mois de cela. En somme, d’autres annonces viendront compléter ce programme au fil de l’année, dont une publication exceptionnelle pour le Mois de l’Imaginaire, histoire de fêter nos dix ans comme il se doit. Mais n’en dévoilons pas trop ; 2026 ne fait que commencer, et les mondes à explorer sont encore nombreux.
Propos recueillis et mis en forme par Emmanuel Chastellière.
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