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A Knight of the Seven Kingdoms : notre bilan de la saison 1

HBO n’abandonnera pas de sitôt l’univers de Game of Thrones et pour deux projets mis de côté à ce jour, deux autres se sont déjà concrétisés, tous deux se reposant sur le filet de sécurité d’un texte écrit par George R. R. Martin, ce qui ne va pas pour autant sans défis scénaristiques. Alors que la troisième saison de House of The Dragon arrive en juin, on a ainsi pu découvrir les débuts de A Knight of the Seven Kingdoms qui adapte en six épisodes Le chevalier errant, le premier récit mettant en scène Dunk, appelé à devenir le légendaire Ser Duncan le Grand, et son petit écuyer Œuf, ou Egg dans la langue de Shakespeare.

Six épisodes, même d’une durée relativement courte, cela peut paraître beaucoup pour une histoire qui ne compte qu’une centaine de pages, centrée sur un seul personnage plutôt que de multiples points de vue, et qui s’étend sur une poignée de jours autour d’un événement principal, un tournois. Ira Parker, le showrunner, qui s’est fait la main sur un épisode de la saison 1 de House of the Dragon, profite de ce format pour développer certains personnages : Lyonel Baratheon, à peine esquissé dans l’œuvre originale, devient ici un second rôle haut en couleur qui à chaque épisode a droit à une scène pour focaliser l’attention. Un flashback tardif explorera l’origine de la relation entre Dunk et son maître ser Arlan tout en évoquant les rébellions Feunoir qui devraient être davantage expliquées par la suite. Tanselle n’a pas plus à faire que dans le récit de Martin où elle sert surtout de catalyseur au drame mais on cherche à donner des petites scènes à d’autres personnages féminins comme la courtisane Red qui aura sa propre ascension sociale en marge des aventures de Dunk ou la fille de Lord Ashford que l’on gratifie ici d’un prénom et de quelques lignes de dialogue.

L’intrigue générale, elle, est respectée et l’on a le bonheur de retrouver à l’écran les rebondissements de la nouvelle et ses questionnements sur la chevalerie : Dunk est un héros naïf comme on n’en croise peu à Westeros où ils ont tendance à vite mourir ou à gagner en cynisme. Alors que malgré son statut douteux il a à cœur de représenter les valeurs de la chevalerie transmises par ser Arlan, il va constater que les grands seigneurs sont rares à s’en soucier et obtenir justice se fera au prix de bien des sacrifices. 
Si l’on retrouve les interrogations chères à Martin sur l’exercice du pouvoir, la violence d’une société féodale et les conséquences inattendues des bonnes intentions, le ton est nettement plus léger, au moins dans la première partie de la saison, que dans les deux séries précédentes. Pour ne pas dire carrément potache, les ouvertures des deux premiers épisodes ont ainsi donné matière à jaser. De quoi installer le spectateur dans un faux sentiment de sécurité, au risque de tomber parfois dans un peu trop de nonchalance : les trois premiers épisodes consistent finalement à montrer Dunk se promener dans un campement et rencontrer toute une galerie de personnages plus ou moins aimables avec lui avant que cela ne paie. 

La rencontre la plus importante est naturellement celle qu’il fait avec le jeune Egg lors d’une halte dans une auberge, une rencontre anodine qui va être lourde de conséquences. La réussite de l’entreprise reposait en grande partie sur la relation qui se noue entre les deux protagonistes et l’on est vite rassuré : Peter Claffey, qui trouve son premier grand rôle en Dunk et le jeune Dexter Sol Ansell sont non seulement parfaits dans la peau de leurs personnages respectifs mais ils ont dès le départ une excellente alchimie qui rend savoureuses toutes leurs scènes, qu’elles soient comiques ou plus émotionnelles. Le casting est de toute manière un point fort de la saison. Les seconds rôles ne bénéficient pas forcément d’énormément de temps à l’écran et ils semblent donc déterminés à en tirer le meilleur parti : Daniel Ings campe ainsi un Lyonel plus âgé et excentrique que son homologue de papier mais fait rire avant de laisser paraître un côté plus trouble, Bertie Carvel et Sam Spruell incarnent des princes Targaryen aux tempéraments opposés et ils sont inoubliables chacun à leur manière, Tanzyn Crawford est vite attachante dans le rôle de Tanselle tandis que Shaun Thomas en Raymun Fossovoie est tour à tour amusant et admirable. Finn Bennett est quant à lui détestable comme il faut dans le rôle d’Aerion Targaryen, l’antagoniste de la saison, mais il lui manque peut-être le côté flamboyant qui  vaut un de ses surnoms au personnage. Il faut dire aussi que la série, tout en se lâchant davantage que les précédentes sur les costumes, s’inscrit dans la lignée générale de ces dernières années sur les écrans consistant à éviter les débauches de couleurs trop vives.

Dan Romer s’occupe de la bande originale et ne cherche pas à singer Ramin Djawadi : la musique est utilisée plus parcimonieusement, parfois avec des décalages étonnants comme le rythme de valse lors du début d’émeute de l’épisode 3, parfois avec des sonorités celtiques plus traditionnelles dans un cadre de fantasy médiévale. Quant au thème désormais culte de Game of Thrones, s’il est vulgairement tué dans l’œuf lors du premier épisode, c’est pour mieux le faire résonner dans toute sa splendeur à un moment clé plus tard dans la saison, ce qui est assez représentatif de la série qui parvient à alterner le trivial et le sublime dans un équilibre délicat.
Le budget relativement modeste n’est pas gênant grâce à l’optique consistant à suivre les pas de Dunk, jusque dans l’affrontement au sommet de l’épisode 5 qui nous prive peut-être de certaines passes d’armes spectaculaires de ses co-équipiers mais se montre viscéral à souhait. 

Certains apports ou changements du scénario restent discutables, notamment dans le dernier épisode, mais cette première saison se révèle étonnamment rafraîchissante au milieu des éternelles querelles dynastiques qui sans être absentes sont ici à l’arrière-plan, avec des personnages à la fois charismatiques et très humains. Le texte de Martin était déjà l’une de ses meilleures histoires et son adaptation est une jolie réussite.
 

Par Zakath.



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