Avec
Elles rêveront dans le jardin, Gabriela Damián Miravete dévoile un recueil qui s'inscrit dans cette tradition en plein renouveau depuis quelques années, celle d'un imaginaire à la fois politique, poétique et profondément incarné, en langue espagnole.
Loin d'une simple succession d’histoires fantastiques, l'ouvrage compose un ensemble cohérent où chaque texte partage un terreau commun avec les autres autour de leurs thèmes, au premier rang desquels la mémoire, la violence subie, la transmission et la capacité des femmes à se réapproprier leurs récits.
Le recueil navigue sans cesse entre les genres. Fantastique, science-fiction, horreur, réalisme magique ou fable symbolique se croisent d’une nouvelle à l'autre, parfois au sein d’un même texte. Cette hybridation n'a rien d’un exercice de style gratuit. Elle permet au contraire d'aborder des réalités très concrètes, qu'il s’agisse de violences familiales, de domination patriarcale, de deuil ou de traumatismes collectifs, en leur donnant une profondeur mythique ou onirique qui en démultiplie la portée émotionnelle, sans pathos.
L'un des grands points forts du livre réside dans la diversité de ses voix. Chaque nouvelle adopte un point de vue singulier, avec des personnages féminins très différents, tant par leur âge que par leur rapport au monde. Pourtant, une forme de continuité se dessine progressivement, comme si toutes ces trajectoires individuelles composaient un récit plus vaste, celui d’une expérience féminine partagée, traversée par la douleur mais aussi par des élans de résistance, de solidarité et parfois de guérison.
L'écriture de Miravete se distingue par un côté sec. Certaines scènes peuvent se révéler dérangeantes, voire violentes tout en demeurant dans le non-dit (Il n'y a qu'à songer à la toute première nouvelle ouvrant le recueil...), mais elles cohabitent avec des passages plus délicats, presque contemplatifs. Le merveilleux n'est jamais accessoire. Il sert à transformer la peur en symbole, ou à faire surgir des formes de beauté là où le réel semble condamné à la brutalité.
La nouvelle finale, qui donne son titre au recueil, nous serre la gorge, là encore par son propos terriblement juste et révoltant. On y retrouve cette idée centrale du livre, celle d'un imaginaire capable de préserver la mémoire, mais aussi d'inventer des espaces intérieurs où survivre, rêver et, peut-être, se reconstruire, quand tout n'est pas vain.
Sans se montrer toujours d'une accessibilité immédiate (et pourquoi le faudrait-il ?),
Elles rêveront dans le jardin s'impose comme un recueil dense, exigeant et profondément sensible. Gabriela Damián Miravete y affirme une voix singulière, même si comme souvent, le fantastique ne constitue pas une échappatoire, mais une manière détournée de parler du monde réel et de ses fractures. Un livre qui laisse des traces en moins de 250 pages, moins par ses intrigues que par l'atmosphère qu'il déploie.
Un recueil qui mérite largement ses comparaisons avec l'œuvre d'une
Mariana Enríquez, et que pour tout dire, j'ai préféré.