Et voici déjà le cinquième entretien de notre rubrique annuelle, avec encore un autre éditeur incontournable de la scène Imaginaire.
On parle du Bélial', avec à la tête de cette maison Olivier Girard, qui nous répond une fois encore, concernant cette année 2025 désormais derrière nous et surtout 2026.
Alors, un peu de fantasy ou pas ?
Alors que 2025 s'est achevée, quel serait votre premier bilan, à chaud, concernant votre maison ou même la situation globale en Imaginaire ?
Le Bélial’ va bien, merci de demander. 2025 a été dans la lignée de 2024, à savoir assez exceptionnelle - 2024 était la meilleure année de la maison depuis sa création, 2025 se situe à peine derrière. Pour la situation globale du secteur, c’est sans doute assez différent. De mon point de vue, le plus intéressant dans le registre de la littérature de genres, est à chercher depuis des lustres du côté des indépendants - l’audace, la sincérité, le panache, c’est là que ça se passe. Or, l’édition indé est fragilisée par des facteurs aussi bien exogènes (la situation économique globale, le recul du temps de lecture, la vacance du politique, l’anxiété générale, etc.) qu’endogène (la romance qui mange la place de nos registres en librairie, une jeune génération d’auteurs et d’autrices qui pointe, mais qui ne produit pas encore un « effet de masse », un lectorat à la peine question renouvèlement, l’absence de locomotives significatives à même de tirer l’ensemble et de faire l’événement, le manque de passerelles entre les différents médiums, etc.). On sait les difficultés récentes d’ActuSF, la fin des Moutons électriques, l’inconnu du devenir de L’Homme sans Nom, pour ne citer qu’une poignée d’exemples. Les temps sont assez rudes, et rien ne permet de dire que les choses vont s’améliorer à court terme, loin s’en faut.
Sur l’année écoulée, y a-t-il un événement, une évolution structurelle ou une décision éditoriale qui vous a particulièrement marqué ?
Entre le foutage de gueule hallucinant des Humanos et le dégât humain que ça a provoqué, le positionnement très trumpiste dans la manière décomplexée de nier le caractère essentiel de l’intelligence et du savoir-faire humain de la part des éditions Harlequin (je fais ici référence à l’annonce du remplacement des traducteurs de leurs bouquins par des logiciels ; peut-être font-ils d’ailleurs déjà écrire leurs livres par ces derniers ? Si ce n’est pas le cas, ça viendra vite) ; l’épouvantable médiocrité des listes des meilleures ventes en librairie (c’est toujours le cas, mais là, sérieux, c’est abyssal !)… sincèrement, y a de quoi faire. Je pense toutefois que ce que je retiendrais in fine, c’est la persistance de Rachid Dati à la tête du ministère de la Culture en dépit de la succession effrénée de nos gouvernements… Je ne vois rien de plus éloquent quant à la perception des enjeux culturels de la part de nos soi-disant « élites ». En cinquante ans, on est passé d’André Malraux à Rachida Dati… Mais que s’est-il passé, bordel !?
Quelle place pour la fantasy dans votre programme 2026 ?
Vraiment rikiki, désolé… On va rééditer l’intégrale de La Terre Mourante de Jack Vance dans la collection « Kvasar ». C’en est, non ?
Enfin, quel sera votre plus grand défi pour cette nouvelle année ?
Outch… Difficile de choisir. Bon, 2026, c’est l’année de nos 30 ans. Les 30 ans du Bélial’, et les 30 ans de la revue Bifrost. Ça veut dire pas mal de trucs en préparation. Dont le lancement d’une nouvelle collection, « Archive du Futur », qui ambitionne de « sanctuariser » certains bouquins qui nous semblent essentiels mais qui ne sont plus disponibles, la gestion du fonds étant de moins en moins assurée par les collections de poche « historiques »… Bref, mon plus grand défi, ça va être d’éviter de prendre 10 ans pendant l’année de nos 30 ans. Un beau challenge…
Propos recueillis et mis en forme par Emmanuel Chastellière.
On parle du Bélial', avec à la tête de cette maison Olivier Girard, qui nous répond une fois encore, concernant cette année 2025 désormais derrière nous et surtout 2026.
Alors, un peu de fantasy ou pas ?
Alors que 2025 s'est achevée, quel serait votre premier bilan, à chaud, concernant votre maison ou même la situation globale en Imaginaire ?
Le Bélial’ va bien, merci de demander. 2025 a été dans la lignée de 2024, à savoir assez exceptionnelle - 2024 était la meilleure année de la maison depuis sa création, 2025 se situe à peine derrière. Pour la situation globale du secteur, c’est sans doute assez différent. De mon point de vue, le plus intéressant dans le registre de la littérature de genres, est à chercher depuis des lustres du côté des indépendants - l’audace, la sincérité, le panache, c’est là que ça se passe. Or, l’édition indé est fragilisée par des facteurs aussi bien exogènes (la situation économique globale, le recul du temps de lecture, la vacance du politique, l’anxiété générale, etc.) qu’endogène (la romance qui mange la place de nos registres en librairie, une jeune génération d’auteurs et d’autrices qui pointe, mais qui ne produit pas encore un « effet de masse », un lectorat à la peine question renouvèlement, l’absence de locomotives significatives à même de tirer l’ensemble et de faire l’événement, le manque de passerelles entre les différents médiums, etc.). On sait les difficultés récentes d’ActuSF, la fin des Moutons électriques, l’inconnu du devenir de L’Homme sans Nom, pour ne citer qu’une poignée d’exemples. Les temps sont assez rudes, et rien ne permet de dire que les choses vont s’améliorer à court terme, loin s’en faut.
Sur l’année écoulée, y a-t-il un événement, une évolution structurelle ou une décision éditoriale qui vous a particulièrement marqué ?
Entre le foutage de gueule hallucinant des Humanos et le dégât humain que ça a provoqué, le positionnement très trumpiste dans la manière décomplexée de nier le caractère essentiel de l’intelligence et du savoir-faire humain de la part des éditions Harlequin (je fais ici référence à l’annonce du remplacement des traducteurs de leurs bouquins par des logiciels ; peut-être font-ils d’ailleurs déjà écrire leurs livres par ces derniers ? Si ce n’est pas le cas, ça viendra vite) ; l’épouvantable médiocrité des listes des meilleures ventes en librairie (c’est toujours le cas, mais là, sérieux, c’est abyssal !)… sincèrement, y a de quoi faire. Je pense toutefois que ce que je retiendrais in fine, c’est la persistance de Rachid Dati à la tête du ministère de la Culture en dépit de la succession effrénée de nos gouvernements… Je ne vois rien de plus éloquent quant à la perception des enjeux culturels de la part de nos soi-disant « élites ». En cinquante ans, on est passé d’André Malraux à Rachida Dati… Mais que s’est-il passé, bordel !?
Quelle place pour la fantasy dans votre programme 2026 ?
Vraiment rikiki, désolé… On va rééditer l’intégrale de La Terre Mourante de Jack Vance dans la collection « Kvasar ». C’en est, non ?
Enfin, quel sera votre plus grand défi pour cette nouvelle année ?
Outch… Difficile de choisir. Bon, 2026, c’est l’année de nos 30 ans. Les 30 ans du Bélial’, et les 30 ans de la revue Bifrost. Ça veut dire pas mal de trucs en préparation. Dont le lancement d’une nouvelle collection, « Archive du Futur », qui ambitionne de « sanctuariser » certains bouquins qui nous semblent essentiels mais qui ne sont plus disponibles, la gestion du fonds étant de moins en moins assurée par les collections de poche « historiques »… Bref, mon plus grand défi, ça va être d’éviter de prendre 10 ans pendant l’année de nos 30 ans. Un beau challenge…
Propos recueillis et mis en forme par Emmanuel Chastellière.
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