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La Grande Œuvre du Temps

Pas de couverture

Résumé

Il n’existe pas une seule histoire du monde.
Il était une fois un certain Caspar Last, décidé à utiliser la machine à voyager dans le temps, dont il était l’inventeur, pour se rendre au milieu du XIXe siècle en Guyane britannique, colonie de la Couronne, afin d’obtenir le très rare timbre one-cent magenta dont il n’existait plus qu’un exemplaire dans son monde de 1983.
Last prévoyait de vendre le timbre, et de ne plus jamais user du voyage dans le temps ni d’en laisser la possibilité à quiconque. C’était sans compter les membres d’une société secrète philanthropique, dénommée l’Altérité…

Caractéristiques

Auteur(s): John Crowley
Traducteur(s): Patrick Couton
Type: Roman
ISBN: 9791036002519
Titre original: Great Work of Time

Chronique

Voilà le genre de texte court qui donne l'impression d'être plus grand à l'intérieur que de l'extérieur, pour reprendre une boutade qui revient souvent chez un autre voyageur temporel.
John Crowley ne s’intéresse pas tant au voyage qu'à ce qu'une telle invention révèle des hommes qui veulent "corriger" l’histoire, cette tentation de croire qu'un petit nombre d'esprits lucides pourrait remettre le monde, quel qu'il soit, sur ses rails.
De ce point de vue, la novella fait preuve d'une belle ironie. Elle prend pour matière un imaginaire impérial britannique, ses nostalgies, son sentiment de mission civilisationnelle pour en montrer progressivement l’impasse, et le tout sans jamais en faire trop dans son propos. Un certain sens de la retenue qui fait beaucoup pour sa force.
On n'y trouve pas seulement une très belle histoire de voyage temporel, mais surtout une histoire où boucle, décalage et paradoxe s'accompagnent de vrais défis moraux, relevés ou pas. Le temps n'est pas un terrain de jeu, tant il s'incarne pour devenir la matière même du regret, du "fantasme" de réparation, ou encore des erreurs répétée sous des formes toujours plus sophistiquées.
Il y a aussi quelque chose d’un peu mélancolique, comme souvent avec Crowley, à mon sens.  La Grande Œuvre du temps n'a rien de tapageur et Crowley paraît y cultiver une discrétion qui renforce encore la persistance du souvenir que nous laisse cette novella une fois la dernière page lue.
En résumé, ce World Fantasy Award (qui est donc avant tout une uchronie, mais pas que, et pourtant, bon, très bien, on pourrait également le classer en SF...) se sert avant tout du voyage dans le temps pour parler de la nostalgie du pouvoir, de la fragilité des grands desseins, et de l'illusion tragique qui consiste à croire que l’histoire peut être sauvée sans être défigurée. Voilà en tout cas une belle idée de réédition, qui plus est avec une nouvelle traduction signée Patrick Couton en personne.
Et si le "blurb" de Michael Chabon peut sembler too much (« Il y a des gens — et j’en fais partie — pour qui la vie est faite de moments entre les romans de John Crowley. » ), comme cela dit la plupart de ces affirmations grandiloquentes pour convaincre les acheteurs en librairie, pour une fois, on en envie de dire : c'est juste ! 

Gillossen

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